Je suis un monstre

Ma tante Sylvia avait prédit à ma mère que ça arriverait un jour ou l’autre. Qu’une petite fille normale ne démembrait pas ses poupées Barbie. Qu’une enfant saine d’esprit lui coupait les cheveux à la limite. Pour tester ses habilités de future coiffeuse. Elle m’avait regardée avec une sorte de fascination, du genre de celle que l’on éprouve devant un insecte si particulièrement horrible qu’il vaut la peine qu’on s’y attarde quelques secondes. Pour mieux pouvoir décrire sa répugnance lorsqu’on en parlera aux autres.             —  Dora, bonté divine!, qu’elle lui avait dit. Regardes-y les yeux! J’te l’dis moé, tu devrais la faire voir par un psychologue. Sinon un jour a va finir en prison c’t’enfant là! Tu devrais agir avant qu’il se passe de quoi de grave…

Ma mère avait ri jaune et lui avait répondu que les siens, à force de bienséance forcée et d’excès de contrôle, finiraient dans un asile de fou, atteints de troubles obsessionnels compulsifs aigus. Enfin, ma tante a cru que sa sœur était simplement insultée par sa remarque. La vérité, c’est que ma mère savait déjà ce que j’étais. Quelque chose dont il ne fallait pas parler, qu’il fallait absolument cacher. Pas de soirées pyjamas pour Sandrine, ni de fêtes d’anniversaires ou de sorties cinéma entre amies. Oh, je n’ai pas été malheureuse pour autant! Ma mère était très présente et elle a toujours su compenser mon isolement en faisant de ma vie une féérie à la maison. Il reste que ma tante avait un peu raison : je n’étais pas normale. J’étais quelque chose qu’il fallait contenir, garder à l’œil, mais qu’aucun psychologue ne pourrait aider. Un certain gâchis quand on voit comment ça s’est terminé. Chère tante Sylvia, si seulement tu savais à quel point tu avais raison…

Les deux policiers reviennent dans la salle d’interrogatoire alors que mon avocat en sort. La femme me regarde avec dédain tandis que l’homme a le visage plutôt impassible. C’est un bel homme arborant une jolie fossette au menton, de larges épaules et une séduisante barbe de trois jours. Je lui fais un petit sourire avant de me rappeler que je suis couverte de sang des pieds à la tête. C’est loin d’être dans le sac…

Ils s’assoient en face de moi et me demandent de leur faire ma déclaration. J’ai beau réaliser la gravité de la situation, je n’arrive pas à me sentir affectée. Je me lance tout de même : au point où j’en suis, il ne me sert plus à grand-chose d’inventer une histoire. Je vois déjà ma mère lever les yeux au ciel et me répéter que ce n’était pas une bonne idée que je prenne un appartement. J’aurais dû rester à la maison avec elle et me contenter de nos soirées pizza en tête-à-tête. J’ai dû faire des pieds et des mains pour la convaincre que j’étais prête. Qu’il n’y avait plus de danger, grâce à elle. Ce qui n’est pas totalement faux. Je vis seule depuis deux ans et si ce n’est de la petite tache qui m’amène présentement au poste de police, il n’y a eu aucun incident… Mis à part le dernier, mais c’était un animal alors ça ne compte pas…

Tout ça a commencé la veille quand ma copine Pénélope m’a proposé de me présenter un ami à elle. Au fond, c’est un peu de sa faute tout ça. Lui et moi étions tous deux célibataires et elle croyait qu’on irait bien ensemble. Comme j’étudiais en littérature et lui en cinéma, elle s’est dit qu’on aurait sûrement plein de choses à nous dire. Elle lui a donné mon numéro et il m’a appelé pour m’inviter à souper chez lui. J’ai trouvé l’idée sympathique, ça changeait du classique restaurant. Alors ce soir, vers dix-huit heures, je me suis rendue chez Émile. Lorsqu’il a ouvert la porte, j’ai eu une sorte de pressentiment. Il y avait quelque chose chez lui qui ne me revenait pas et qui me chatouillait la nuque. Il portait ces grosses lunettes noires, celles que tout le monde porte en ce moment et qui sont comme un écriteau dans le front qui dit : « Je veux être original ». J’aurais dû m’enfuir en courant, mais je lui ai laissé le bénéfice du doute – je devais éviter de le juger par son apparence, même si cette manie m’avait sauvé la vie à plusieurs reprises… Enfin, je me suis persuadée que je passerais par-dessus cette grosse monture en plastique.

Émile nous avait préparé des sushis. Il a dit que ça lui avait pris plus d’une heure à les préparer. Couper les légumes en juliennes et tout… Ça doit être pour ça qu’il m’en a parlé pendant une demi-heure. Après cinq minutes j’avais déjà la moitié des makis de mangés. J’ai ralenti, ne serait-ce que pour respecter le fait que ça lui avait pris du temps à les cuisiner. Quand il a eu fini de me raconter le pourquoi du comment de la création des sushis, il a souri et m’a dit :

— Alors, comme ça t’es en littérature?

Il avait choisi le moment où je venais d’introduire un Dragon Eye en entier dans ma bouche et j’ai eu beau faire tout ce que je pouvais pour avaler le plus vite possible, il avait déjà recommencé à parler lorsque j’ai eu terminé.

— Moi, je suis en cinéma. Je ne prétends pas être le prochain Xavier Dolan – mon style se placerait davantage dans la lignée de Denis Arcan – mais je pense bien percer d’ici quelques années… ».

Il était reparti. Au bout d’un moment, j’ai cessé d’essayer d’intervenir ou de commenter ce qu’il disait : visiblement, tout ce qu’il voulait c’était être écouté. Je me suis mise à l’observer à la place. J’aurais mieux fait de me concentrer sur mon assiette ou sur la nappe. Plus je le regardais, plus il me devenait insupportable. Ça allait plus loin que les lunettes. Il avait constamment un sourcil plus haut que l’autre et un genre de petit sourire satisfait en coin. Sauf quand il parlait des autres : alors là, il faisait carrément la grimace. Son langage corporel parlait pratiquement plus que lui – un exploit en soi. J’ai cessé de l’observer avant de commettre l’irréparable.

Il utilisait des phrases longues, qu’il parsemait de termes comme « Méphistophélique », « Inéluctable » et « Intradiégétique ». Je n’ai rien contre les beaux mots… mais j’ai toujours considéré qu’ils étaient de trop pendant une date. Il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre qu’il était en train de me réciter son mémoire de maîtrise.

Je pense que c’est la collection de nœuds papillon qui a créé le point de rupture dans mon cerveau. À cette mention, j’ai senti ma mâchoire craquer et je me suis empressée de sourire pour masquer le rictus enragé qui menaçait de me trahir.  Je me suis mordu la langue pour ne pas crier.

J’ai réussi à reprendre le dessus, respirant par le nez et ingurgitant des litres de vin une coupe derrière l’autre. « Après cette soirée, je ne le reverrai plus », me répétai-je sans relâche. Je rayerais aussi Pénélope de la liste des gens à qui je permettrais de me présenter des gars. Pendant ce temps, il s’était jeté sur le sujet de la musique, méprisant tous les groupes alternatifs que j’aimais en qualifiant chacun d’eux de « standards ». Si le groupe n’avait pas au sein de ses membres un musicien jouant d’un obscur instrument fabriqué à partir de vaisselle recyclée, il obtenait le titre « d’amuseur de masse » ou de « rassembleur de troupeaux ». Juste cette expression-là, « de masse », me fendait la tête en deux. Il y avait tellement de dédain dans le ton avec lequel il le disait. Comme si le travail d’artiste ne visait pas à produire des œuvres pour le public. Comme si « lui » était trop bon pour le « p’tit peuple ». Dommage qu’il ne m’ait pas laissé une minute pour m’en remettre avant de continuer.

—  Pourquoi notre société accepte-t-elle de se rabaisser à lire ou visionner des produits destinés au simple divertissement? Je ne comprends pas que l’on accepte de publier autre chose que des œuvres magistrales, engagées… Tout le reste, ce n’est que du fast-food pour l’esprit, transmis par une culture américaine que notre petite société ignare se plait à falsifier… Sérieusement, on publie vraiment n’importe qui de nos jours… »

À ce moment-là, j’ai cru qu’il y avait un tremblement de terre, parce que la vaisselle s’est mise à vibrer. C’est quand il s’est enfin arrêté de parler pour me fixer d’une manière étrange que j’ai compris que c’était moi qui faisais trembler la table en l’agrippant trop fort. Mes jointures en étaient toutes blanches.

— Ça va? Y’a quelque chose de bizarre avec tes yeux… Est-ce qu’il y a des cas de maladies oculaires congénitales dans ta famille? J’ai déjà entendu parler une fois de…

Il n’a pas eu le temps de finir sa phrase. J’ai senti le changement s’opérer en moi sans pouvoir le contrôler, comme ma mère me l’avait pourtant appris. Mes pupilles se sont dilatées pour englober entièrement le vert de mes iris, puis tout le blanc de mes yeux. Mon corps a été pris de convulsions tandis que mes ongles vernis de rouge tombaient, laissant place à d’énormes griffes. Mes dents blanches ont chuté de ma bouche, produisant une suite plutôt comique de «clings» en atterrissant dans mon assiette. Des crocs bestiaux ont défoncé mes gencives pour les remplacer. Les yeux d’Émile s’écarquillaient de plus en plus au fur et à mesure que ma transformation se terminait. Horreur et fascination se lisaient sur son visage. Il était visiblement partagé entre le désir de se sauver en courant et celui de publier son expérience sur Instagram.

Je ne l’ai malheureusement laissé faire ni l’un ni l’autre. Je me demande parfois si ça se serait passé autrement s’il m’avait servi un gros steak plutôt que des sushis. En deux secondes, j’étais sur lui. J’ai commencé par lui déchirer la gorge pour éviter qu’il puisse se remettre à parler. Son sang avait un goût sel et de métal. Vingt ans s’étaient écoulés depuis ma dernière lampée de ce liquide chaud et velouté. Toutes mes années d’abstinence envolées. C’était à la fois triste et jouissif. Je me suis nourrie de sa chair encore palpitante, libérant d’un seul coup deux décennies de voracité contenue. Il ne m’est pas venu tout de suite à l’esprit que cette fois, ma mère ne serait pas là pour rejeter la faute sur le jack russell de la famille. Ce bon vieux Watson avait été euthanasié suite à mon premier incident, à l’âge de six ans. La petite Louisette s’en était bien sortie – à peine quelques greffes de peau et une petite transfusion –, mais à partir de ce moment-là, ma mère ne m’avait plus laissée seule en présence des autres. J’étais assurément plus à risque une fois le soleil couché et ce n’est qu’après de nombreux exercices et plusieurs années que j’ai fini par être suffisamment en contrôle pour qu’elle me permette d’aller à l’école secondaire. On m’avait appris à mieux contrôler mes émotions. Je me tenais loin des grosses brutes qui intimidaient certains élèves, tout autant que des bolés qui souriaient en roulant les yeux devant l’ignorance des autres. J’avais appris à me fondre dans des groupes d’individus sans personnalité imposante. Vingt ans, ce n’est quand même pas rien pour une fille ayant défiguré Louisette pour une blague à propos de ses cheveux roux, non?

Les deux agents me regardent, stupéfaits. Même Harry Potter ne les aurait pas mieux immobilisés. J’essaie de me convaincre qu’ils sont simplement impressionnés. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre une fille capable de se métamorphoser en monstre sanguinaire. L’agent dont l’épinglette indique S. – probablement pour Sexy – Veillette hoche la tête de gauche à droite en relisant les notes de son calepin. Le coin de son sourcil droit s’étire alors et il se permet un nouveau regard vers moi.

— Et le chat?

Merde. J’avais cru pouvoir m’en sortir avec ça. Je fais mine de ne pas comprendre.

— Le chat…? Quel chat?

— Le chat siamois qu’on a retrouvé le cou brisé sur le lit. Il t’avait fait une remarque cinglante, j’imagine?

Je soupire.

— Les chats, c’est autre chose. Je n’ai jamais compris pourquoi, je suis juste incapable de les supporter. À vrai dire, j’avais déjà repris forme humaine quand je lui ai réglé son compte…

Les deux policiers se lèvent après un échange silencieux. L’agent Sexy Veillette referme son calepin et me jette un dernier regard, où se lit manifestement de la pitié. À son expression, on voit qu’il se demande si j’invente tout ça pour me faire passer pour folle ou bien si j’y crois vraiment.

— À moins que tu ne nous fasses une petite démonstration, j’ai bien peur qu’on doive t’inculper pour meurtre Sandrine, me dit-il, comme à regret.

— Je ne pense pas que je pourrais le faire sur demande. Surtout que ça ne m’est jamais arrivé deux fois de suite. Et puis, t’es beaucoup trop gentil.

Sa collègue, déjà prête à sortir, laisse échapper un rire étouffé, ne prenant même pas la peine d’attendre d’être partie pour se foutre de ma gueule. Je pose mon regard sur elle et plisse les yeux.

— Si tu me laisses cinq minutes seule avec elle, je ne te promets rien mais…, dis-je en direction de l’agent Veillette, tout en ne lâchant pas la femme des yeux.

Cette dernière lève les yeux au ciel, mais cesse quand même de sourire. Elle fait signe à son collègue de la suivre, agacée. Ils s’exécutent et je reste là, à regarder la pièce blanche et sans décor dans laquelle je me trouve. Je ne suis pas inquiète. Au contraire, ça m’amuse un peu au bout du compte. Ça fait si longtemps que je suis enfermée. Peut-être pas derrière des barreaux, mais au fond c’est du pareil au même. À quoi bon être capable de se mêler à la société et de se faire des amis si on ne peut être soi-même? Peut-être que si ma mère, plutôt que de me cacher, m’avait présentée au monde telle que j’étais – un monstre, peut-être, mais un être vivant tout de même – rien de tout cela ne serait arrivé.

Je n’ai pas le loisir de m’interroger plus longuement. De l’autre côté de la porte, j’entends qu’on discute vivement. Sans saisir les mots, je comprends sans mal qu’une dispute fait rage dans la pièce voisine. Finalement, un homme portant veston-cravate entre dans la pièce et je soupire. Encore un psychologue? Combien de spécialistes vont-ils me faire rencontrer avant de me laisser aller – ou de m’incarcérer pour de bon? L’homme passe à côté de moi et en m’étirant le cou, je réalise qu’il débranche la caméra qui est fixée dans le coin gauche de la pièce. Il vient ensuite s’asseoir devant moi et me sourit calmement.

— Je m’appelle…

— Charles-Xavier, c’est ça?

L’homme se permet un éclat de rire.

— Antoine Ruellant. Mais mis à part le fait que j’ai encore tous mes cheveux et mes facultés motrices, vous n’êtes pas loin. Je fais partie d’une division du gouvernement qui n’a pas intérêt à ce que votre – comment dire – excès de colère, sorte dans les journaux.

Je fais la moue, un peu déçue. Je me doutais bien que je ne pouvais pas être la seule dans mon cas, mais je n’arrive pas à croire que c’est le gouvernement qui se charge de ça. Quand on voit ce qu’il fait avec les dossiers habituels…

— Je n’ai malheureusement pas une offre particulièrement reluisante à vous proposer, continue Ruellant. En tout cas, pas aussi belle que l’idée d’une école pour mutants à la X-Men. Mais si on prend bien le temps de s’interroger, avez-vous vraiment le choix de refuser ma proposition?

— Proposition?

Ruellant se racle la gorge.

— Nous vous invitons à rejoindre nos laboratoires de recherches et à y rester… Pour toujours. Ils sont situés dans les prairies canadiennes, où nous avons fait construire un immeuble dédié aux cas mystérieux, comme le vôtre, et qui font parfois surface à travers tout le pays.

— Cas mystérieux? Quel genre…?

— Tout ce que vous pouvez vous imaginer, répond Antoine Ruellant en exhibant une rangée de dents particulièrement blanches. Extra-terrestres, vampires, zombies…

— Et je serai libre là-bas?

— Je n’irais pas jusqu’à employer ce mot… Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser des gens aussi particuliers que vous se dévoiler au grand jour ni prendre connaissance des autres dossiers présents. Après tout, vous avez commis un crime. Voyez-le plutôt comme une alternative un peu plus réjouissante que la prison, ou l’asile.

— Je n’irai pas en maison de fous, dis-je, l’air défiant. Quand ils analyseront ce qu’ils ont trouvé sur la scène, ils devront bien se rendre à l’évidence et croire mon histoire. Quelqu’un va bien se demander à qui reviennent les jeux de dents et d’ongles supplémentaires trouvés sur les lieux…

— Sauf si ces pièces à conviction ont dûment été prélevées par nos soins et les agents intervenus sur place convenablement dédommagés pour leurs hallucinations. Le choc, bien entendu, devant une scène aussi atroce que celle que vous avez laissée derrière vous. Si, par hasard, l’un d’eux décidait tout de même de raconter ce qu’il a vu, votre histoire arrivera peut-être à faire la une d’un magazine de surnaturel sans crédibilité. Dans le meilleur des cas, elle passera à Denis Lévesque et ça finira de l’achever.

Je grogne. J’aurais dû me douter que le gouvernement se chargerait de ruiner l’affaire. Aucune chance pour que notre pays se risque à fonder quelque chose de similaire au S.H.E.I.L.D., ça serait bien trop visionnaire…

— Si je comprends bien, vous ne me faites pas vraiment une proposition. Vous m’informez seulement de ce qui va se passer avec moi, c’est ça?

— C’est ça, sourit Ruellant. Sauf que, comme toute démarche gouvernementale, il y a une tonne de paperasse à remplir et aussi un paquet de documents de consentements que vous devez signer.

— Et si je refuse?

— Vous passerez en cours, ferez face à la justice, puis, vous vous retrouverez à Pinel, où l’on ira vous prélever directement. Combien de patients se pendent en cellules n’est-ce pas? Personne ne se demandera ce qui est vraiment advenu de vous madame Désilet, parce que personne n’aime les tueurs. On dira que c’est bien fait pour vous, que vous méritiez de crever enfermée. Votre mère verra sa maison recouverte régulièrement de graffitis haineux. Si vous acceptez ma proposition, toute cette histoire sera étouffée, votre nom ne sortira nulle part et votre mère pourra se venter à toutes ses amies que sa fille a obtenu un emploi prestigieux à la NASA pour expliquer son absence aux fêtes de famille.

Ruellant se penche vers moi, comme pour me faire une confidence. Il m’adresse un nouveau sourire étincelant.

— La question n’est pas de savoir si vous vous retrouverez ou non dans nos laboratoires. La question est de savoir si vous y viendrez de gré, ou de force.

Cette fois, je ne crois pas à un tremblement de terre. Je n’avais pas menti à l’agent Veillette en disant que je ne l’avais jamais fait deux fois de suite. Je suis donc la première surprise de constater à quelle vitesse la métamorphose s’opère la seconde fois. Ruellant a eu tort de me faire chanter. Il aurait dû comprendre qu’on ne menace pas une bête fraichement sortie de sa cage. On l’appâte, peut-être, mais la menacer? Un monstre comme moi n’a rien à perdre. Il aurait dû lire dans mes yeux que j’avais goûté à la liberté et que rien d’autre ne comptait maintenant. Ça lui aurait peut-être évité de se vider de son sang sur le carrelage blanc de la salle d’interrogatoire.

Je ne suis pas stupide. Je me doute bien que de dévorer une tête n’en fera que repousser deux autres. Toutefois, tandis que le sang coule le long de mon menton et que le goût de la chair m’enivre encore et encore, je me dis qu’ils devront sortir l’artillerie lourde pour m’enfermer à nouveau. Je leur souhaite qu’un superhéros consentant se repose tranquillement dans l’une des cellules de leur laboratoire, car ils en auront besoin pour me faire taire.

Je suis un monstre. Et j’adore ça.

Une réflexion sur “Je suis un monstre

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