L’Amazone
– Ça y est Béatrice!
Docteur Juno affichait son plus beau sourire. Il était entré en coup de vent, faisant sursauter sa patiente qui l’attendait, assise dans le fauteuil en face de son bureau. Béatrice, le cœur battant, ne put répondre immédiatement. Elle attendait depuis dix minutes. Dix longues minutes durant lesquelles elle s’était cinq fois convaincue qu’il lui annoncerait une mauvaise nouvelle et cinq fois que ça en serait une bonne. Elle avait beau voir l’étincelle dans ses yeux, sa tête était infestée d’un million de phrases susceptibles de compléter la sienne. « Ça y est Béatrice… c’est la fin » en était une.
– V’zètrr…, bafouilla-t-elle.
Elle se racla la gorge puis se décontracta la mâchoire avant de reprendre en rougissant.
– Vous êtes sûr?
Le sourire de Bertrand Juno s’élargit – autant que ce fut encore possible – et il acquiesça. Il déposa ensuite ses lunettes à monture carrée, joignit ses mains devant lui et prit un ton plus posé.
– Évidemment, tu sais déjà qu’on ne parle pas de guérison tant que ça n’a pas fait quelques années… Mais pour le moment, tu es officiellement en rémission. Ta dernière chimio remonte à trois mois et tes examens sont parfaits: plus aucune trace de cellules cancéreuses. Tu as encore des effets secondaires?
Béatrice, ne pouvant plus s’empêcher de sourire bêtement, frotta les trois millimètres de cheveux qui lui couvraient le crâne.
– Comme vous pouvez voir, la crinière repousse. J’ai de nouveau des envies de nourriture. Je me fatigue encore plutôt vite, mais j’essaie de suivre vos conseils et de ne pas trop en faire…
– Très bien. Garde bien en tête que ce n’est pas parce que ton énergie revient qu’il faut la dépenser d’un coup. Je sais que tu courrais les marathons bien avant ton cancer, mais tu atteindras probablement l’épuisement au bout de cinq kilomètres pour les prochains mois, voire même…
Le médecin fut interrompu par des bruits de pas précipités dans le couloir. Béatrice se tourna, curieuse, et eut juste le temps de voir passer en courant une infirmière aux longs cheveux blonds avant que le médecin ne se lève pour fermer la porte.
– Je ne m’ennuie pas du tout de travailler à l’urgence!, s’exclama-t-il pour détendre l’atmosphère. Où en étions-nous?
Il consulta rapidement le dossier qui se trouvait devant lui et ramena son regard vers Béatrice.
– Voilà! Nous allons te fixer un rendez-vous pour dans six mois…
– Six mois!? Wow…
L’idée était à la fois merveilleuse et angoissante. Les trois mois qu’elle venait de passer hors du système de santé – suite à la fin de sa chimio – lui avaient paru une éternité. Chaque mal de tête, nausée et essoufflement survenant pendant cette période lui avait fait craindre une rechute, si bien qu’elle avait tout de même visité l’hôpital au moins cinq fois pour de fausses alertes. Six mois! C’était trop beau pour être vrai!
– S’il y a quoi que ce soit d’ici le mois de novembre – ganglion enflé, fièvre, masse sur l’autre sein – tu te rends immédiatement à l’urgence et me fais appeler. Ça me fait penser, tu n’as pas changé d’idée pour la reconstruction?
La main de Béatrice se porta machinalement au côté droit de sa poitrine et à l’absence du sein qui s’y trouvait encore un an plus tôt. Elle prit une grande inspiration et sourit.
– Non, m’sieur. J’aurais un peu l’impression d’essayer de me mentir à moi-même… Je veux me rappeler, chaque jour, la force dont j’ai fait preuve pour gagner mon combat, même si j’ai perdu un morceau en chemin… C’est bizarre?
– Pas du tout, la rassure-t-il. C’est vrai que pour certaines, la reconstruction est une forme de victoire sur leur cancer. Mais dans bien d’autres cas, c’est le contraire qui se produit. Tu n’es pas la seule et non, ce n’est pas bizarre. Ne laisse personne te le faire croire.
Le médecin lui fait un clin d’œil complice, que la jeune femme lui rendit.
– Et puis, ajouta-t-elle avec bonne humeur, Jérôme a mis la touche finale à mon tatouage pas plus tard que la semaine dernière!
– Super!, s’exclama le médecin, qui lui avait personnellement recommandé le tatoueur. Tu me fais voir?
La jeune femme s’apprêtait à relever le côté droit de son débardeur lorsqu’un choc violent à la porte interrompit son geste. Béatrice et le docteur Juno se regardèrent une seconde, stupéfaits, tandis qu’une deuxième puis une troisième secousse ébranlaient la porte.
– Mais qu’est-ce que…?
Bertrand Juno se leva, l’air inquiet, et se précipita vers la porte. Au moment de l’ouvrir, il se tourna vers Béatrice.
– Reste ici Béa, je vais voir s’ils ont besoin de m…
Le médecin n’eut pas le temps de terminer sa phrase que l’infirmière blonde de tout à l’heure enfonça la porte qu’il venait d’entrebâiller… et se jeta sur lui.
– Mademoiselle! Est-ce que ça va?! Qu’est-ce qui…. AAAaahhrg!
Béatrice mit du temps à comprendre que le geyser de sang lui aspergeant le visage provenait du docteur Juno. Elle crut d’abord l’infirmière blessée – tout ce sang ne pouvait provenir que d’elle, non? Tétanisée, elle ne réagit donc pas tout de suite et se contenta d’observer la scène, yeux écarquillés et le cœur battant la chamade. Puis, lorsque les neurones de sa cervelle finirent par faire leur boulot, elle réalisa avec horreur que le docteur Juno ne se relevait pas. Qu’il se trouvait en fait sous l’infirmière. Que celle-ci ne s’était pas évanouie dans ses bras, mais était plutôt à califourchon dessus, et lui…
– OH! MERDE!
Cette fois, Béatrice réalisa immédiatement son erreur et sa main s’abattit sur sa bouche, comme pour reprendre le cri venant de s’en échapper. L’infirmière cessa instantanément de dévorer la gorge du médecin, d’où le sang jaillissait encore par saccades de moins en moins puissantes. La pointe de ses cheveux blonds en dégoulinait. Béatrice reconnut alors Jade, la jeune infirmière qui venait toujours bavarder avec elle pendant ses traitements de chimio ou lors de ses hospitalisations. Elle était méconnaissable. Moins à cause des caillots d’hémoglobine lui barbouillant la moitié du visage que par ses yeux…
D’ordinaire d’un noisette particulièrement clair, ceux-ci étaient complètement noirs – iris et blanc compris. Jade. Jade qui lui avait plus d’une fois tenu un bol au niveau du visage pendant qu’elle vomissait. Jade qui lui racontait tout sur ses cours, son chien ou sa dernière sortie pour lui faire oublier l’aiguille qui lui déversait du poison dans les veines. Jade qui lui avait déjà confié que son petit ami était nul au lit… Jade qui venait de bouffer la moitié de Docteur Juno.
Béatrice récupéra d’un coup toutes ses fonctions motrices. D’un bond, elle sauta derrière le bureau du médecin et, ce faisant, projeta sa chaise derrière elle en direction de Jade. Celle-ci – qui s’était lancée à sa poursuite avec autant de rapidité – la reçue de plein fouet au visage et s’effondra. La jeune femme ne prit pas la peine de vérifier si elle était toujours consciente. Elle repassa devant le bureau, sauta sur Jade pour se donner un élan et sortit de la pièce – ne s’arrêtant que pour refermer la porte. Son premier réflexe fut de chercher de l’aide, mais un coup d’œil à l’accueil lui fit comprendre que l’état de Jade n’était pas qu’un phénomène isolé. Deux préposées aux yeux noirs y étaient affairées à déchirer la cage thoracique d’un vieillard et à le délester de ses organes. Béatrice ne ralentit pas. Elle reprit son pas de course et ses instincts de marathonienne prirent le dessus. Elle se surprit à régulariser ses respirations et à ralentir la cadence de ses pas afin de conserver une même allure aussi longtemps que nécessaire. Elle croisa dans les couloirs plusieurs autres personnes atteintes par la démence de Jade, mais ceux-ci étaient tous trop occupés à se nourrir pour s’en prendre à elle. Une part d’elle-même était consciente de l’horreur de la scène, du sang partout sur les murs, des cadavres jonchant le sol… Mais elle n’accorda d’importance qu’aux corps et aux flaques de sang qui lui barraient la route et qu’elle devait contourner.
Elle trouva plus sage de prendre les escaliers de secours – ne sachant si les ascenseurs fonctionnaient encore. Son instinct lui dictait qu’être à l’intérieur n’était pas sécuritaire. Elle devait à tout prix sortir d’ici, se retrouver à l’air libre où elle aurait de l’espace pour se sauver, pour courir. Ce qu’elle fit.
***
– Sainte merde… Il sent bon votre poisson…
C’est sorti tout seul. Des semaines qu’elle se nourrit de légumes et de ragoûts en conserves. Son sac à dos en est encore lourd mais elle les économise, ne mangeant qu’une fois par jour ou en cas de réelle nécessité. L’odeur de cette viande fraîchement grillée était un tel supplice pour les glandes salivaires qu’elle n’a pu s’empêcher d’approcher. Trop. Si bien que l’homme affublé d’une peau de loup avait fini par la localiser. Cela faisait des heures qu’elle l’observait du haut d’un arbre – un vrai débrouillard celui-là – lorsqu’elle avait baissé sa garde et fait craquer cette foutue branche. Son but n’avait été que de s’approcher pour compter le nombre d’individus, et peut-être subtiliser une truite au passage s’ils s’endormaient. Raté.
Les deux hommes l’observent et elle fait de même, les bras levés. L’homme habillé en loup a les yeux les plus pâles qu’elle ait jamais vus – l’un d’eux équipé d’une balafre impressionnante. Des yeux gris très calmes, qui vous scrutent comme s’ils pouvaient lire vos pensées. Dans la mi-trentaine, il est plutôt baraqué et elle sait que c’est avec lui qu’elle aura le plus de difficultés s’ils en viennent aux coups. Il est clair toutefois qu’elle est plus rapide. Sans compter qu’il a passé deux bonnes heures à organiser son campement, qu’il vient enfin de s’asseoir et de manger… Bref, il est crevé. Quant à l’autre, il a peut-être dix ans de moins – environ son âge à elle – mais il ne représente définitivement pas une menace. Non seulement est-il à peu près aussi mince qu’elle, mais il semble dépourvu du moindre muscle et est estropié par-dessus le marché. Et ses yeux à lui – d’un vert qu’elle trouverait très séduisant dans d’autres circonstances – ne transmettent que de la peur.
– Es-tu seule?
Béatrice ramène vivement ses yeux sur le barbu. Avouer être seule signifie dévoiler sa vulnérabilité dans l’éventualité où ces deux-là s’avèrent être des brutes. S’inventer un groupe pour assurer ses arrières la met toutefois en danger s’ils décident qu’il est trop dangereux de la laisser partir et retrouver ses potes. Elle n’a pas le loisir d’hésiter toutefois. Plus longtemps elle attend avant de donner sa réponse – vraie ou fausse – plus l’autre doutera de son honnêteté.
– Oui, finit-elle par lâcher.
– Assieds-toi et mange un bout. Il nous en reste bien suffisamment.
La jeune femme ne s’assoit pas immédiatement. Si l’homme semble capable de lire dans ses pensées, elle est incapable d’en faire de même pour lui. Il la déstabilise complètement et elle déteste ça. Sans le quitter des yeux, elle effectue finalement les trois pas qui la séparent du feu et s’assoit à l’indienne, à l’opposé des deux hommes. La caresse des flammes la réconforte instantanément. Si le mois d’août lui avait semblé être le moment idéal pour une telle crise, septembre leur était arrivé dessus d’un coup sec, accompagné du vent et de ses nuits de plus en plus fraîches. Béatrice se laisse bercer par le crépitement du feu un moment, essayant tant bien que mal de camoufler ses grelottements. Sans un mot, le jeune homme lui tend une pierre plate sur laquelle repose une truite encore chaude. Béatrice l’accepte, mais toujours avec une certaine hésitation. Elle fixe l’œil brûlé et sans vie de l’animal.
– Ce n’est pas le premier que vous mangez au moins, non? demande-t-elle.
Les deux hommes échangent un regard.
– Tu veux dire, le premier de ce genre? demande le jeune homme.
– Non!, s’exclame-t-elle, soudain alertée. Je veux dire le premier animal mort que vous mangez depuis le début de cette folie, précise-t-elle.
Elle éloigne immédiatement la pierre plate et la dépose par terre devant elle.
– Et bien, pour ma part… oui, répond simplement le jeune homme. Je ne comprends pas : on t’offre un poisson fraîchement pêché dont l’odeur elle-même t’a attirée ici et tu hésites?
– D’abord, j’étais dans le coin bien avant que vous ne fassiez cuire ces truites, précise-t-elle, énervée. Et deuxièmement : il ne vous est pas venu à l’esprit que nous n’étions peut-être pas les seuls à être infectés? Pourquoi les animaux seraient-ils épargnés? Du coup, vous venez peut-être stupidement de vous transmettre cette maladie en le mangeant!
La jeune femme se lève d’un bond et commence à s’éloigner du feu, non sans regret.
– J’espère que vous avez aimé votre repas du condamné les gars. Ce fut un plaisir de vous connaître…
Le regard soudain empli d’inquiétude du jeune homme fait des allers-retours entre son camarade et la truite posée au sol. Son visage est soudainement passé de blême à livide. Le costaud, toutefois, reste d’un calme désemparant. D’un geste de la main, il lui fait signe de se rasseoir.
– Je chasse et je pêche depuis le tout premier jour et suis encore un être humain…
– Malgré les apparences, ajoute le jeune homme tandis que son visage reprend quelques couleurs.
– Je serais déjà l’un d’entre eux, continue l’autre, si se nourrir d’animaux pouvait nous transmettre l’infection, le virus ou peu importe ce que c’est. Maintenant, veux-tu bien avaler cette truite avant que l’un de nous deux ne change d’avis?
Béatrice finit par se remettre en tailleur de son côté du feu, soulagée. Elle-même armée d’un arc, elle n’avait jamais osé chasser ou pêcher depuis le début de la crise. À plus d’une reprise, elle avait repéré des petits poissons dans des ruisseaux peu profonds et la tentation avait été forte de leur décocher une flèche. Mais chaque fois, elle s’était ravisée et était retournée à ses boîtes de thon.
Elle ramène la pierre plate sur ses genoux, décolle lentement la couche de peau croustillante du poisson et plonge les doigts dans sa chair rose. Elle en retire un grand lambeau qui se détache tout seul des arêtes et le glisse sur sa langue. Ses yeux se ferment d’eux-mêmes et un soupire exalté lui échappe. Si elle doit mourir ce soir, cette sensation à elle seule en aura valu la peine. Lorsqu’elle se rappelle où elle est et rouvre enfin les yeux, les deux hommes la contemplent d’un air amusé. Béatrice s’essuie les lèvres et se permet elle aussi un sourire. Elle se sert à nouveau et, la bouche pleine, s’adresse aux deux hommes.
– Merci les gars. En fait, je peux même vous payer ce repas avec une boîte de ragoût ou de jambon si ça peut vous intéresser.
Elle dépose son repas et enlève son sac à dos, son sac de couchage, son carquois ainsi que l’arc qu’elle porte en travers du corps et qu’elle n’avait pas encore osé retirer. Enfin libérée, elle fait faire quelques rotations à son cou et ses épaules tout en ouvrant son sac. Elle en extirpe deux boîtes de raviolis et deux ragoûts de boulettes, qu’elle lance dans leur direction.
– Tu n’aurais pas plutôt du maïs ou des haricots verts? demande le barbu en attrapant les conserves.
– Tu te fous de moi? demande-t-elle. Votre poisson vaut bien plus que des haricots…
– Je suis d’accord avec elle, s’interpose l’estropié. Un ragoût va nous tenir bien plus longtemps qu’une conserve de Géant Vert…
– Les protéines courent partout dans la forêt et nagent à profusion dans les rivières, répond l’autre. Je n’ai aucun problème à me procurer de la viande. Les fruits et les légumes par contre… je me compte chanceux les jours où je croise un pommier et je rêve de celui où je tomberai sur un champ de maïs pour faire des provisions avant l’hiver… Le manque de vitamine va bientôt devenir notre vrai problème, tu peux me croire.
Béatrice plonge à nouveau dans son sac et en ressort trois salades de fruits et une grosse boîte de maïs, qu’elle tend à son interlocuteur.
– Voilà, prends-les « Ô Grand Chef », lui dit-elle en souriant.
– Eh! J’aurais aimé penser à celle-là, s’exclame le jeune homme.
Voyant qu’elle ne comprend pas, il continue.
– Notre ami souhaite laisser derrière lui nos anciennes vies, explique-t-il, et nous nous sommes donc attribué de nouveaux noms.
Il étire le bras d’un côté du feu et lui tend la main. La jeune femme essuie la sienne sur son jean et la lui serre, amusée.
– Je suis Guibole – tu devines sans doute pourquoi – et lui, c’est l’Homme-Loup.
– On voit tout de suite que vous avez beaucoup d’imagination, répond Béatrice en pouffant.
L’Homme-Loup extirpe un ouvre-boîte de l’intérieur de sa peau-manteau et leur ouvre chacun une boîte de salade de fruits, qu’ils dégustent tous trois avec un plaisir évident. La jeune femme observe ces étrangers et réalise à quel point elle s’était sentie seule. Cela faisait cinq semaines depuis le début de l’épidémie et elle avait suffisamment observé de loin ce que la société était devenue pour savoir qu’il valait mieux se méfier de tout le monde. S’il était dangereux de croiser des infectés, rencontrer d’autres humains pouvait s’avérer pire encore. Les monstres vous tuaient eux, au moins. Ils ne vous battaient pas sans pitié pour ensuite vous voler vos vêtements et vos provisions. Ils ne vous violaient pas en groupe pour ensuite vous laisser pour morte sur le bord d’un fossé en attendant qu’un monstre finisse de vous achever. Ils vous tuaient, simplement pour se nourrir. D’un certain point de vue, ils n’étaient rien d’autre qu’une nouvelle espèce d’animaux sauvages…
Jusqu’ici, sa vie n’avait été remplie que de peur, de faim, de méfiance et de froid. Rire avec deux inconnus, le ventre plein et suant sous son veston de cuir à cause du feu lui faisait l’effet d’un rêve. Et elle devait bien admettre qu’il y avait quelque chose de rassurant à savoir qu’elle n’était pas seule.
Béatrice soupire et se décide à enlever quelques couches de vêtements. Si elle décide de rester, aussi bien se mettre à l’aise. Elle enlève d’abord son manteau et s’efforce ensuite de faire de même avec son chandail de laine gris, non sans quelques grimaces de douleur causées par les courbatures de ses épaules.
– Très bien alors, lance-t-elle, réussissant enfin à se libérer un bras. Si je reste, il vous faut aussi me trouver un nom.
– Katniss? tente Guibole en pointant son arc et ses flèches.
– Beurk! s’écrit-elle. T’es si prévisible que ça me donne envie de vomir…
– Eh, sois polie! Ma première idée était « Boule-de-billard », mais je trouvais ça un peu long et pas assez… Eh! Pas mal le tatouage! Montre de plus près!
La jeune femme dépose ses trois vêtements superflus sous ses fesses engourdies par la dureté du sol et ajuste sa camisole mauve. Elle étire ensuite son bras droit pour l’exposer à la lumière du feu. Guibole s’approche et admire l’agencement d’engrenages, de boulons, de sangles de cuire et de plaques de métal qui s’emmêlent pour former le tatouage steampunk recouvrant entièrement son bras – du poignet jusqu’au cou. Il disparaissait sous sa camisole pour aller recouvrir l’espace où aurait dû se trouver son sein droit et y camoufler la cicatrice de l’opération. Béatrice n’avait toutefois pas l’intention de montrer cette partie à ses nouveaux amis.
– Tu aimes?
– Oui! s’exclame Guibole d’un ton admiratif. Il est génial, vraiment. J’ai toujours voulu me faire faire un tatouage, mais je n’ai jamais osé. Je ne supporte pas bien les aiguilles, le sang ou la douleur en génér…
– « L’Amazone ».
Béatrice et Guibole se tournent tous deux vers l’Homme-Loup. Celui-ci dévisage la jeune femme. Elle ne dit rien, mais perçoit tout de même le mouvement de ses yeux. Ceux-ci passent rapidement à sa poitrine puis sur son crâne rasé, pour ensuite revenir à ses yeux à elle. Elle sait qu’il comprend, et lui pareil. Elle soutient son regard, prête à y lire la pitié qui vient en général avec la réalisation. À sa grande surprise, tout ce qu’elle y voit est de l’admiration… et de l’amusement?
– « L’Amazone », répète-t-il. C’est évident, non?!
Son regard se porte à nouveau sur son sein manquant.
– Ce qui est évident, répond la jeune femme, c’est que tu es en train de lorgner ma poitrine!
L’Homme-Loup relève la tête, gêné, mais n’en démord pas pour autant. Il fronce les sourcils et continue.
– Tu veux dire que c’est une coïncidence?
Il pointe l’arme qui repose près d’elle.
– Tu n’as pas choisi l’arc au hasard, n’est-ce pas?
– J’ai choisi l’arc parce que j’ai suivi des cours toute ma jeunesse et que je me débrouille très bien avec, répond Béatrice en haussant les épaules.
– Eh, l’Homme-Loup!, intervient Guibole, agacé. Ça te dirait de nous expliquer? On dirait que tu prends un plaisir pervers à nous confronter à notre propre stupidité…
– Désolé, répond le barbu en joignant les mains en signe de paix. Je croyais vraiment que c’était voulu… Dans les légendes, les guerrières Amazones avaient pour coutume de se trancher le sein droit afin d’être de meilleures tireuses à l’arc!
Guibole, qui avait été trop ébahi par le tatouage, semble enfin remarquer ce dont il est question et change d’expression. Béatrice ne peut s’empêcher de le fusiller du regard tandis qu’il la gratifie de cette satanée pitié. Elle a soudainement envie de remettre son veston et de foutre le camp.
– Je suis guérie, articule-t-elle froidement. Et même si ce n’était pas le cas, je suis certaine que je n’aurais aucun mal à botter ton petit cul d’éclopé, alors épargne-moi ton regard compatissant.
Le jeune homme déglutit, les yeux écarquillés. Puis, il éclate de rire et lance une brindille dans le feu.
– « L’Amazone »… marmonne Guibole. Comme un gant, ouais… Pendant qu’on y est, ce serait possible qu’on revienne sur le mien? Je continue de penser que j’ai aussi droit que vous deux d’avoir un nom respectable…
– Non, tranche simplement l’Homme-Loup.
Béatrice retient un éclat de rire et échange un regard complice avec l’Homme-Loup. Ce dernier lui fait un clin d’œil et se lève, non sans difficulté. Il s’étire en bâillant et scrute les étoiles.
– Vous dormez en premier. Je suis capable de veiller quelques heures de plus maintenant, mais une fois que j’aurai sombré dans le sommeil, je ne serai plus bon à rien.
Béatrice hésite une seconde. Leur fait-elle assez confiance pour remettre sa vie entre leurs mains et fermer l’œil? Moins d’une minute plus tard, elle déroule pourtant son sac de couchage près du feu et s’enfonce dedans. Elle s’endort presque instantanément, non sans d’abord verser une larme de soulagement en songeant que c’est bien la première fois qu’elle pourra dormir sur ses deux oreilles depuis plus d’un mois…
***
– Hey, le petit déjeuner est servi l’Amaz… Aaaw!
L’Amazone se réveille en sursaut et propulse son poing contre le visage de son agresseur… Avant de réaliser que ça n’en est pas un. Encore désorientée, la jeune femme regarde autour d’elle. Le jour est déjà bien levé. L’air est lourd de cette humidité froide qui ne fait qu’enfoncer un pieu de plus à l’été. Son sac de couchage est recouvert de rosée. À en juger par la luminosité, il doit être au moins six heures. L’Homme-Loup lui tourne le dos, donnant l’impression qu’une bête immense est assise devant le feu. Il semble occupé à cuire quelque chose, tandis que Guibole est affalé près d’elle et geint en se tenant le nez.
– Ah, ça va, lui lance-t-elle, en levant les yeux au ciel. C’est à peine si je t’ai touché…
Le jeune homme écarquille les yeux et baisse la main, dévoilant son nez et l’écoulement sanguinolent qui s’en échappe à grands flots.
– Tu veux un tampon peut-être? répond-elle, haussant les épaules. Tu n’avais qu’à ne pas me surprendre…
Elle se dégage du sac de couchage et entreprend de le rouler, tandis que Guibole déchire un bout de son t-shirt pour s’en farcir les narines. De délicieux effluves montent à celles de l’Amazone et elle s’approche de l’Homme-Loup. De toute évidence, ce dernier n’a pas chômé durant son tour de garde. Sur la grille improvisée repose maintenant le poêlon qu’elle traînait avec elle. L’Homme-Loup remue un mélange d’œufs brouillés agrémentés de champignons, de têtes de violon et à quelque chose ressemblant à s’y méprendre à des pommes de terres. À en juger par la quantité d’œufs, le barbu a dû trouver un nid de perdrix ou quelque chose de semblable. De l’ensemble émanent des relents d’ail des bois qui font saliver la jeune femme.
– Je ne me rappelais pas avoir des patates en boîtes, lance-t-elle, intriguée.
– Tu n’en avais pas. Ce sont des petites pommes de terre chapelets. C’est un peu plus amer, mais encore plus riche en protéines. J’ai pris la liberté de t’emprunter ta poêle de fonte étant donné qu’elle était accrochée à l’extérieur du sac, tu ne m’en veux pas? Je te promets que je n’ai pas fouillé tes trucs. Et je n’ai pas osé te réveiller pour te demander la permission…
L’Amazone sourit. Un tel exemple de politesse dans ce monde déchu a quelque chose de déplacé. Comme une fleur poussant dans la fissure d’un trottoir en plein centre-ville.
– Ça ne fait rien, répond-elle. C’est moi qui devrais te remercier. Ça sent très bon! Je ne me rappelle plus la dernière fois que j’ai mangé deux repas en moins de vingt-quatre heures!
Ils engloutissent la portion d’œufs brouillés en un rien de temps. Guibole est le dernier à terminer, à cause de son nez cassé. L’Amazone lui tend une boîte de jus d’orange pour se faire pardonner.
– Désolée, dit-elle. Tu veux que j’y jette un coup d’œil? J’en ai déjà replacé un, tu sais.
Guibole se contente de lui arracher la boîte de jus des mains et de lui lancer un regard noir. L’Homme-Loup aspire les dernières gouttes de sa propre boîte de jus.
– Qu’est-ce qu’il y a Guibole? Tu étais pourtant de bonne humeur hier soir. Je dirais même que tu avais l’air content d’être encore en vie…
– Rien, ronchonne-t-il. Je viens de recevoir un coup sur la gueule, il me semble que je devrais avoir le droit de me plaindre un peu, non?
– Tout à fait, répond l’autre. Mais tu n’en fais rien, c’est bien ça qui m’inquiète. Tu n’as pratiquement pas dit un mot depuis ce matin, même pas pour chialer.
– Pour que vous puissiez vous foutre de moi encore plus? Vous êtes pareils tous les deux. Des survivants dans l’âme, des débrouillards. Reste plus qu’à lui trouver une peau de lynx et vous pourriez vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants.
L’Amazone fronce les sourcils.
– Tu délires ou quoi? s’écrie-t-elle. Je viens juste d’arriver, je ne sais même pas encore si je vais rester avec vous, alors lâche-moi un peu! J’ai dit que j’étais désolée!
– Rien à foutre, répond l’autre d’une voix faible. Je suis fatigué, la tête est sur le point de m’exploser et ma jambe me fait un mal de chien alors fichez-moi la paix, je vais dormir encore un peu.
Il se laisse glisser sur le dos et remonte la couverture jusqu’à son menton avant de fermer les yeux. L’Amazone lance un regard vers l’Homme-Loup et ce dernier lève une main en signe de paix.
– Ça n’a rien à voir avec toi, dit-il en se levant.
Il s’avance vers Guibole et lui arrache sa couverture. Il soulève le pan de pantalon déjà déchiré du jeune homme. La jeune femme ne peut réprimer sa répugnance en apercevant la plaie. Bien qu’un bout de bois retienne en place sa jambe, un morceau d’os est parfaitement visible, saillant au milieu de la profonde entaille. De cette dernière suinte un fluide noir tirant sur le violet et qui dégage une odeur écœurante.
– Je voulais qu’on t’arrange mieux que ça hier soir après le repas… Mais avec l’énervement du moment, ça m’est complètement sorti de l’esprit, dit l’Homme-Loup en soupirant.
L’air inquiet, il tâte le front de Guibole, qui semble avoir perdu des couleurs depuis qu’on a relevé son pantalon. L’Homme-Loup soupire.
– Tu as de la fièvre et la blessure s’est infectée.
Il se tourne vers l’Amazone.
– Il y a un ruisseau un peu plus loin, c’est là que j’ai trouvé les truites. Aide-moi à le traîner jusque-là. Il faut absolument que je nettoie cette plaie.
Ils remballent leurs affaires en vitesse et fabriquent une civière à l’aide de branches de sapins. Guibole se laisse transférer sur elle sans pousser le moindre gémissement – ce qui n’augure rien de bon. L’Homme-Loup tire la civière tandis que la jeune femme reste derrière et soulève l’autre extrémité afin que les jambes de Guibole ne traînent pas par terre et bougent le moins possible. Tel que promis, le ruisseau n’est pas très loin. Ils déposent Guibole sur le bord en roches plates le bordant. L’Homme-Loup enlève son pantalon kaki, puis sa peau de loup, dévoilant une abondante chevelure rousse et hirsute. Il accroche son manteau à un arbre et, après avoir pris une grande inspiration, entre dans le ruisseau. Il ne peut réprimer un cri de souffrance lorsque l’eau glacée entre en contact avec ses pieds, puis ses chevilles et ses jambes. À contrecœur, l’Amazone enlève également son jean noir et l’imite. Elle a instantanément envie de faire marche arrière, mais se contraint plutôt à avancer plus creux. Des dizaines de lames de rasoir semblent lui lécher les chevilles et elle ne sent bientôt plus ses pieds. L’Homme-Loup fait un geste en direction de Guibole, la mâchoire crispée.
– Faisons vite, dit-il en claquant des dents.
– Est-ce que l’eau froide ne risque pas de lui faire un choc ou quelque chose du genre?
– Pas impossible. Mais au point où il en est, on n’a plus le choix. Non seulement je dois nettoyer sa blessure convenablement, mais sa fièvre doit absolument tomber. C’est le meilleur moyen que je connaisse.
Ils déshabillent d’abord le jeune homme. Ce dernier se laisse faire sans broncher, le regard perdu vers la cime des arbres. L’Homme-Loup déchire ensuite son t-shirt et en donne une moitié à l’Amazone. Tous deux trempent leur linge dans l’eau froide et lui épongent le front et le torse afin d’accorder une certaine transition à son corps. Ils reprennent alors chacun leur extrémité du brancard et le descendent doucement dans le ruisseau. Le visage de Guibole se crispe lorsque l’eau froide l’enveloppe jusqu’à la poitrine et il gémit faiblement.
– C’est froid, acquiesce L’Homme-Loup d’une voix rassurante, mais ça va te faire du bien, tu vas voir.
La jeune femme s’agenouille près de Guibole et lui tient la tête et les épaules hors de l’eau tandis que l’Homme-Loup nettoie doucement la plaie à l’aide d’un des linges. De longs filets d’eau souillée partent de sa blessure et défilent avec le courant le long de sa jambe. Bientôt toutefois n’apparaît plus qu’un mince filet rosé. Une fois propre, la blessure est un peu moins horrible, mais l’os n’est toujours pas replacé et sa jambe toujours ouverte.
– J’ai de l’ibuprofène, des lingettes désinfectantes et un tube de Polysporin, soupire l’Homme-Loup. Ça pourra sans doute réduire l’inflammation et contenir un peu l’infection, mais ça ne sera pas suffisant… As-tu quelques médicaments dans ton sac? Des antibiotiques, des bandages, quelque chose?
– Un diachylon ferait l’affaire? répond-elle à regret. Je n’ai rien de tout ça… Mais je sais où trouver ce qu’il nous faut.
Ils ressortent enfin du ruisseau et se rhabillent puis font de même avec Guibole. L’Homme-Loup coupe le jean du jeune homme au-dessus de la blessure pour que celle-ci n’entre plus en contact avec le sang et le pus dont il est imprégné. Il utilise quelques lingettes à l’alcool pour désinfecter du mieux qu’il peut la fracture, ce qui fait hurler Guibole. Il termine en lui badigeonnant le tibia de pommades et en le lui enveloppant dans la moitié de t-shirt restante. De retour au campement, Guibole semble dans un état second, moitié endormi, moitié souffrant. L’Homme-Loup lui fait avaler quatre cachets d’ibuprofène et le couvre de son sac de couchage. Il alimente le feu, qui n’était pas encore complètement éteint, et ils s’assoient tous deux près de lui.
– Qu’est-ce que tu veux dire, demande-t-il finalement à l’Amazone, quand tu dis que tu sais où trouver ce qu’il nous faut?
– Quand ça a commencé, répond-elle, j’étais à l’hôpital, celui de Sainte-Agathe. Depuis, je suis restée dans les alentours, habitant dans les appartements abandonnés de la ville. J’allais régulièrement faire de petits tours dans les épiceries et dans les magasins pour me procurer ce dont j’avais besoin.
– Tu ne croisais pas de monstres?
– Si, mais je me déplace rapidement et avec mon arc, j’étais capable de me défendre sans problème.
– Pourquoi as-tu fini ici alors?
La jeune femme soupire.
– Ce ne sont pas les zombies qui m’ont fait fuir la ville, mais les humains. Des bandes de pillards ont mis à sac mon appartement un après-midi que j’étais sortie. Je les ai vus par la fenêtre alors que je revenais du IGA. Ils devaient être une dizaine et je n’avais aucune chance. Je ne savais même pas s’ils étaient armés. Bref, l’un d’eux a fini par me voir de là-haut et s’est mis à gueuler comme s’il venait de gagner à la loterie. J’ai fui la ville et me suis réfugiée dans l’endroit que je croyais être le moins propice à des rencontres entre humains. J’allais souvent marcher avec mes parents dans le parc régional de Val-David quand j’étais jeune et l’endroit m’a semblé tout indiqué. Ça fait une semaine environ. Tout ce que j’ai avec moi, ce sont les choses que je traîne en permanence et ce que j’avais récupéré au supermarché ce jour-là.
– Je suis désolé, dit l’Homme-Loup d’un ton compatissant. Je comprends mieux ta méfiance d’hier soir.
L’Amazone hausse les épaules en souriant et se lève.
– L’Hôpital doit être à un peu plus de dix kilomètres d’ici. Je peux facilement m’y rendre, récupérer des antibiotiques, des bandages, une attelle… Peut-être même des béquilles, qui sait. Si je ne reviens pas ce soir, c’est que la nuit allait probablement tomber. Je resterai planquée dans un appartement reviendrai demain à l’aube.
– Je vais y aller avec toi, c’est trop dangereux. L’hôpital doit être infesté de monstres…
– Non, ça sera plus dangereux encore si on est deux. Seule, je me faufile partout sans problème. Sans vouloir te vexer, tu es lent et lourd et donc, plus facilement repérable. Et puis, l’un de nous doit rester avec Guibole.
– Tu n’as pas à faire ça, insiste-t-il.
– Je sais, répond-elle en agrippant son sac à dos.
Elle en sort les boîtes de conserve et quelques bidules l’alourdissant, ne gardant que le nécessaire pour sa mission.
– Si tu veux m’aider, lance-t-elle finalement à l’Homme-Loup en enfilant son sac, cuisine-moi encore de ces truites délicieuses quand je reviendrai.
***
– Eeeerrrh…ppfft.
L’Amazone projette la béquille de toutes ses forces en direction du concierge et lui supprime la mâchoire inférieure, l’envoyant du même coup valser sur le mur opposé. Il lui reste à peine vingt flèches dans son carquois et elle en aura sans doute besoin pour sortir de l’hôpital en vie. À bout de souffle, elle n’en continue pas moins sa course.
Elle n’en était pas encore au point de regretter son expédition, mais avait tout de même hâte d’en avoir fini. Si elle s’était introduite sans peine dans la bâtisse – grimpant de fenêtre en fenêtre jusqu’à l’une d’elles laissée ouverte au troisième étage – c’était une toute autre chose d’en sortir.
Elle avait parcouru quelques étages avant de finalement tomber sur une pièce où l’on entreposait divers équipements médicaux. Une flèche en pleine tête avait guéri les deux ou trois monstres qu’elle avait croisés sur son chemin jusque-là. Elle s’y était ensuite introduite et avait récupéré le plus de pansements, de seringues, d’outils chirurgicaux et de bandes plâtrées que son sac pouvait en contenir. Un coup de hache dans l’armoire verrouillée du fond lui avait ensuite permis de chiper non seulement des antibiotiques, mais également divers anesthésiants et même de la morphine. Elle avait finalement trouvé deux béquilles qu’elle avait bien attachées à son sac à dos avant de ressortir, satisfaite.
C’est au moment de revenir sur ses pas que tout s’était gâté. Elle avait eu l’intention de reprendre le même escalier pour descendre jusqu’au troisième étage, jeter le sac par la fenêtre et hop, se glisser d’une fenêtre à l’autre pour retourner au sol elle-même. Elle avait dû être moins silencieuse qu’elle ne le croyait toutefois, car en ouvrant la porte de la sortie de secours qu’elle avait empruntée à l’aller, elle s’était frappée à une horde gigantesque d’infirmières, de médecins et de patients semblant l’attendre pour une fête surprise. Ne manquaient plus que les confettis et les sifflets déroulants.
L’Amazone jette un coup d’œil en arrière et accélère. Le groupe est à moins de dix mètres d’elle. Elle aperçoit l’ascenseur et bien que l’initiative ne lui tente guère, juge que la situation ne lui offre pas d’autre option. Tout en courant, elle extirpe son pied-de-biche du côté de son sac à dos puis stoppe devant l’ascenseur. Elle insère l’extrémité courbée de l’outil entre les deux portes et pousse de toutes ses forces pour s’ouvrir un passage. La garce résiste. Les monstres – docteur Juno au premier rang, constate-t-elle avec horreur – se rapprochent en grognant. L’Amazone pousse un peu plus, criant sous l’effort. Sa tête semble menacer d’exploser, des points noirs dansent sous ses yeux. Au désespoir, elle est sur le point d’abandonner lorsque les portes cèdent finalement d’un pouce, puis d’une dizaine d’autres d’un coup. Sans plus attendre, elle s’infiltre dans la faille et allonge le bras pour agripper le câble de la cage d’ascenseur… et reste bloquée à moins d’un pied de celui-ci. Paniquée, elle réalise que le passage était suffisamment large pour la laisser passer elle, mais pas son sac à dos. Les monstres sont déjà sur elle. Des doigts et des têtes se faufilent par la fente et griffent, tirent son paquetage pour la ramener vers eux. Elle a soudain la conviction qu’elle n’y arrivera pas. Que c’est là qu’elle meurt. Un bruit de dents qui claquent près de son oreille la fait paniquer. Elle peut sentir le souffle chaud du monstre derrière son épaule. Chaud?, a-t-elle juste le temps de penser avant que des doigts lui chatouillent l’épaule.
La jeune femme cherche autour d’elle pour trouver une solution, mais il n’y en a qu’une et elle la connaît. Les portes de l’ascenseur commencent à grincer sous le poids des monstres. Dans une minute ou deux, elles finiront par céder. Si c’est le cas, elle finira au mieux, écrabouillée sur la cage d’ascenseur au rez-de-chaussée, au pire, ensevelie sous une horde de zombies affamés.
– Fait chier!
L’Amazone dégage une épaule de la sangle du sac et se tourne vers ses assaillants, se tenant en équilibre grâce à la résistance que ces derniers lui opposent en tirant dessus. Tout en évitant les coups de dents et d’ongles qui cherchent à l’agripper, elle ouvre le sac et y plonge la main. Elle en retire des poignées de trucs – les premiers qui lui tombent sous les doigts – et en fourre le plus possible dans les poches de son jean, de sa veste de cuir et même de son soutien-gorge. Elle ne peut retenir un sourire sarcastique, fatigué, en en remplissant le bonnet droit de bandes plâtrées et de ouates.
Lorsque tous les interstices de sa tenue sont pleins à craquer, la jeune femme soupire et porte un dernier regard aux monstres hystériques qui lui font face. Le plus effrayant en eux, constate-t-elle, n’est ni le sang leur barbouillant le visage, ni les lambeaux de chair humaine entre leurs dents ou leurs yeux noirs. Non. Le plus angoissant est qu’ils ne semblent pas si différents d’elle en fin de compte. Ils ne font rien d’autre qu’essayer de survivre. Et pour survivre, ils doivent la bouffer. À bien y penser, ils ont davantage l’air d’agoniser de douleur que d’être enragés.
L’Amazone se tourne prudemment vers le câble. Elle prend une grande respiration puis saute, attrape le fils de fer des deux mains et se laisse glisser. Le métal lui écorche les paumes, mais ses bras sont trop fatigués pour qu’elle resserre sa prise. Elle tombe plus vite que prévu et le choc résonne dans ses pieds jusque dans sa mâchoire lorsqu’elle arrive finalement sur le toit de l’ascenseur. Les larmes aux yeux, elle lève la tête. En lâchant le sac à dos, les monstres l’ont tiré vers eux et les portes se sont refermées. Leurs cris de fauves ne forment plus qu’un vague écho se répercutant sur les murs de la cage d’ascenseur.
L’Amazone soupire, défonce le plafond de la cabine d’un coup de pied et s’y glisse. En arrivant au sol, elle réalise avec stupeur que les portes en sont grandes ouvertes. Elle s’accroupit immédiatement et se colle au fond pour éviter d’être vue. Elle observe les monstres qui se déplacent lentement dans le hall d’entrée, certains passant juste devant elle sans la voir. La jeune femme se sent démunie sans son arc et ses flèches. De là où elle est, elle peut voir les portes vitrées et le comptoir d’accueil de l’entrée principale. Il doit y avoir une vingtaine de monstres au maximum. Elle fait un geste pour atteindre son pied-de-biche avant de se souvenir qu’elle l’a laissé en haut, avec le reste de ses affaires. Elle prend une seconde pour savourer sa chance : si les portes du rez-de-chaussée avaient été fermées, elle se serait retrouvée coincée ici sans aucun moyen pour en sortir. Il n’empêche qu’elle n’a maintenant rien pour se défendre ou pour se frayer un chemin…
Une mémé en jaquette bleue passe devant elle et lui offre finalement son billet de sortie. Le pouls de l’Amazone s’accélère. Elle doit agir vite, être précise. Elle n’a pas droit à l’erreur : si elle rate son coup, elle sera soudainement dévoilée et assaillie de tous les côtés. Elle compte jusqu’à trois puis, d’un bond, s’empare de la tige à soluté toujours planté au bras de la vieille dame et qu’elle traîne derrière elle dans un grincement de roulettes des plus agressants. Serrant ce dernier à deux mains, elle lui en assène un coup derrière la tête puis lui fait faire une rotation pour atteindre en pleine gueule un second monstre lui arrivant déjà dessus. Sous la force du coup, le support à soluté est expulsé de sa tige et finit sa course contre un mur. L’Amazone s’empresse d’arracher la tige de sa base à roulettes et se retrouve désormais équipée d’un javelot improvisé.
Dans un grand cri de guerre enragé, elle se rue vers les portes coulissantes de l’entrée, abattant systématiquement sa tige métallique sur tout ce qui s’approche. Son arme atteint ses cibles, à gauche, puis à droite, dans un bruit de succion écœurant qu’elle remarque à peine, tout comme les projections de sang qui l’aspergent à chaque coup porté. Arrivée aux portes, elle embroche le dernier monstre qui lui barre la route du bout de son javelot et le pousse dehors. Le soleil éblouissant la sort de son état quasi hypnotique. Derrière elle, quelques monstres provenant du stationnement commencent à affluer. D’un coup de pied, elle dégage celui qui se tortille au bout de sa lance et le pousse à terre. Elle lui défonce ensuite le crâne d’un bon mouvement avant de reprendre son pas de course vers la route. En passant devant l’abribus, elle remarque un vélo gisant au milieu du chemin. Près de lui, une trainée de sang s’étend sur plus de dix mètres avant de se terminer sous une bouillie informe de sang, d’os et de vêtements. La jeune femme ajuste la hauteur du siège et l’enfourche, remerciant intérieurement le propriétaire pour son sacrifice. Les quelques kilomètres la séparant ensuite de la piste cyclable du P’tit Train du Nord – et de la forêt – sont un vrai jeu d’enfant. Un jeu d’enfant morbide teinté d’odeurs infectes et de visions cauchemardesques, mais qui ont au moins la qualité de défiler plus rapidement qu’à pieds.
***
– Par l’enfer…, murmure l’Homme-Loup lorsqu’elle surgit de derrière les buissons.
L’Amazone titube jusqu’à lui, qui l’attendait près du feu. La nuit est sur le point de tomber et le froid la transperce déjà jusqu’aux os. Il lui tend une bouteille d’eau sans rien dire, comme tétanisé par son apparition. Elle se laisse tomber sur le derrière et en avale près de la moitié avant de s’arrêter pour respirer. C’est en s’essuyant la bouche d’une main et en voyant tout le sang qu’elle y récolte que la jeune femme réalise dans quel état elle est.
– Je dois me laver, annonce-t-elle d’une voix tremblante. J’ai ce qu’il faut, amenons Guibole au ruisseau, tu pourras t’en occuper pendant que je me débarrasse de tout ce sang de monstres…
L’Homme-Loup ne pipe toujours mot et l’aide à se lever. Les bras de l’Amazone la font souffrir lorsqu’elle attrape son côté du brancard, mais elle fait de son mieux pour éviter d’y penser. Guibole semble inconscient. Il est pâle comme un mort et sa tête ballotte de gauche à droite au rythme de leurs pas. À un moment, il marmonne quelque chose ressemblant à des bribes de la chanson Space Oddity, puis se tait. Ils franchissent le kilomètre qui les sépare du point d’eau en silence, si ce n’est du bruit de leurs pas et des délires chantés de Guibole. Lorsqu’ils sont arrivés à destination, l’Amazone dépose délicatement son fardeau par terre. Sans plus attendre, elle se déshabille des pieds à la tête, indifférente à la présence des deux hommes, et s’enfonce dans le cours d’eau. Seule n’a d’importance que l’abominable sensation des caillots de sang et de cervelle séchés qui recouvrent sa peau. Elle inspire un bon coup et se laisse engloutir par l’eau glacée. La douleur en est presque agréable, salvatrice. Elle se frotte convulsivement le crâne, les yeux et les joues, ne ressortant qu’une fois ou deux pour reprendre avidement son souffle. Elle gratte les croûtes sur sa gorge et sa poitrine – chaque centimètre de son corps ayant été exposé – jusqu’à ce que son épiderme prenne une teinte rouge qui n’a plus rien à voir avec du sang. Lorsqu’elle a terminé, elle se rappelle enfin qui elle est et où elle se trouve. Elle se retourne et croise le regard de l’Homme-Loup, qui lui tend sa peau de loup en la fixant d’un air grave. Tremblant des pieds à la tête, elle le rejoint et s’y enroule en claquant des dents. La chaleur de son corps y est encore bien présente et le contraste la fait frissonner de plus belle. L’Homme-Loup la considère un moment puis, voyant qu’elle fait un signe en direction de Guibole, se penche près de lui.
La jeune femme le laisse nettoyer la plaie une nouvelle fois tandis qu’elle fouille ses vêtements pour en sortir ce qu’elle a pu récupérer à l’hôpital. Elle remarque qu’ils sont beaucoup moins sales qu’à son arrivée et un peu humide. L’Homme-Loup les a visiblement frottés du mieux qu’il a pu. Dans un soupir, elle les renfile et retourne vers lui. Elle dépose le matériel médical près du barbu et s’agenouille à ses côtés. Elle lui redonne son manteau.
– Tu peux le garder un peu, prends le temps de te réchauffer.
– Ça va, t’es un vrai radiateur, j’ai fait le plein. Merci d’avoir nettoyé mes vêtements.
– C’est normal, répond-il simplement.
Il récupère la peau et la renfile. Il parcourt ensuite le matériel qu’elle a rapporté des yeux et s’empare d’un flacon d’anesthésiant et d’une seringue enveloppée.
– J’avais plus, beaucoup plus, dit-elle. Mais ils étaient trop nombreux et j’ai dû abandonner mon sac…
– Je n’aurais jamais dû te laisser y aller seul, tu aurais pu…
– Ça va, le coupe-t-elle, furieuse. Je ne suis pas une demoiselle en détresse, j’ai l’habitude de me débrouiller seule… Ça aurait pu arriver à n’importe qui.
– Je ne disais pas ça de cette façon, grogne-t-il en piquant la seringue dans le flacon. Je sais très bien que tu peux t’en sortir seule, tu nous survivras probablement tous. Mais à quoi ça sert de former un groupe si on ne se sert pas de l’avantage que cela nous apporte?
Il hésite un moment, la seringue en suspension, puis appuie sur le bout pour en faire sortir un jet et la vider de son air. Elle le regarde faire en silence, honteuse. Elle s’en veut d’avoir supposé qu’à l’instar de tous ceux qu’elle connaissait dans son ancienne vie, l’Homme-Loup l’ait perçue comme une petite fille naïve dont il faut prendre soin. Une victime. Il avait pourtant été le premier – même avant elle – à voir ce qu’elle était vraiment : une guerrière Amazone.
Le barbu regarde la seringue, puis la jambe de Guibole et ramène finalement ses yeux gris vers elle.
– Tu as déjà replacé une fracture ouverte? lance-t-il le plus sérieusement du monde.
Les deux survivants se regardent, désemparés… puis éclatent de rire. La jeune femme se serre les côtes et roule sur le côté tandis que l’Homme-Loup se passe une main dans le visage en hurlant de rire.
– Je n’ai pas la moindre idée de quelle quantité de ce machin je dois lui injecter pour ne pas le tuer, ajoute-t-il en pointant la seringue entre deux éclats d’hilarité. Ni où je dois la lui injecter.
Ils repartent de plus belle d’un rire épuisé, désemparé. L’Amazone pleure et s’esclaffe à la fois. Au fond, ils sont tous complètement largués. Malgré les façades qu’ils se sont fabriquées, la manière dont ils se sont habillés ou l’attitude confiante qu’ils adoptent, la vérité est qu’aucun d’eux n’était prêt à ça. Il n’y a plus âme qui vive en ce monde à avoir la moindre idée de ce qu’elle fait.
Leur euphorie cesse d’un coup lorsqu’ils discernent tous deux un bruit de feuilles froissées et de branches qui cassent, provenant de l’autre côté du ruisseau. L’Amazone cesse de respirer et écoute. Ce n’est pas le son saccadé d’un bipède marchant dans les feuilles, mais plutôt le frottement continu d’un animal qui progresse d’un pas de course à travers le feuillage bas. Elle regarde l’Homme-Loup, qui a saisi son couteau et fixe l’autre rive d’un air anxieux. Elle voit les trois sillons qui lui balafrent la moitié gauche du visage et comprend son angoisse. La jeune femme s’arme de la seringue d’anesthésiant et fixe elle aussi l’autre côté du ruisseau, le cœur battant. Cette journée n’en finira-t-elle pas de mal tourner? Les buissons bougent maintenant clairement. Trop gros pour un écureuil, trop petit pour un loup…
Un jack russell. Leurs bras tendus se baissent d’eux-mêmes d’étonnement en voyant bondir le petit chien hors des feuillages. Ce dernier, petit spécimen tout blanc au masque noir et feu, lâche le lapin qu’il tient dans la gueule et se met à laper goulûment le ruisseau en remuant la queue. Lorsqu’il a terminé, il lève la tête et semble enfin les apercevoir. Ses oreilles se dressent et il penche la tête d’un côté, sa queue battant l’air encore plus vite. Il ramasse son lapin et traverse le ruisseau en trois bonds avant de les rejoindre et de le laisser tomber aux pieds de l’Homme-Loup. Il s’assoit ensuite bien droit et fixe ce dernier, langue sortie. Les deux humains se consultent du regard, perplexes. Voyant que l’humain ne réagit pas, le chien trépigne sur place et pousse un jappement sec.
– FISTON?!
Les oreilles du chien se dressent, tout comme celles des deux humains à ses côtés. Les feuilles se mettent une fois de plus à bouger de l’autre côté du cours d’eau et cette fois, ce sont bel et bien des bruits de pas. L’Amazone se tient prête, mais sans trop s’inquiéter. Quel mal pouvait bien leur faire un homme qui avait appelé son chien Fiston?
Il apparaît enfin, s’aidant du canon de son fusil de chasse pour se frayer un chemin à travers les branches. L’étranger est un grand gaillard plutôt mince, cheveux et barbes coupés courts et grisonnants par endroit. Il est vêtu d’un t-shirt noir, d’une veste kaki et d’un pantalon cargo noir, dont le bas est enfoncé dans ses bottes de style militaire. Derrière lui apparaît une femme armée d’une carabine. Elle est elle aussi dans la quarantaine, cheveux noirs retenus en queue de cheval sous une casquette kaki. Elle porte une combinaison de denim noir, assortie à la taille d’une ceinture de cuir brun d’où pendent couteaux, hachette et machettes. Deux ceintures à munitions viennent se croiser sur sa poitrine pour compléter l’ensemble.
Le couple se fige en voyant les deux inconnus. L’Amazone n’a que trop conscience de l’allure sauvage de son acolyte à peau de loup et de sa propre défroque ensanglantée vaguement épongée.
– Fiston, aux pieds, articule froidement la femme en ne lâchant pas l’Amazone des yeux.
Le jack russell remue la queue et attrape son lapin avant de retraverser le ruisseau pour rejoindre ses maîtres. Il laisse tomber son lapin aux pieds de l’homme. Ce dernier s’incline pour le ramasser tout en gardant ses yeux fixés sur ceux de l’Homme-Loup. Au moment de s’en saisir toutefois, le chien s’empare des oreilles du lapin et le tire vers lui en grognant. L’homme tire de plus belle, de sorte que le chien ne touche bientôt plus par terre.
– Allez Fiston, donne, marmonne-t-il entre ses dents. C’est pas le moment.
Le chien tiraille encore un peu, joueur, et consent à lâcher prise. Son maître transfère l’animal d’une main à l’autre et caresse gentiment la tête du chien en guise de récompense. Ce dernier, satisfait, s’assoit entre eux et se joint à leur observation. Un long silence persiste.
– This is Major Tom to Ground Control, I’m stepping through the door…
Tous se tournent vers Guibole, dont la tête retombe d’un côté et qui termine son couplet dans un marmonnement inaudible.
– Qu’est-ce que vous lui avez fait? demande la femme en pointant son arme sur l’Amazone.
Cette dernière semble soudain prendre conscience de la situation et s’empresse de déposer sa seringue par terre. Elle tire sur le bras de l’Homme-Loup pour qu’il fasse de même et il s’exécute.
– Rien, répond-elle d’une voix tremblante. Il est avec nous. C’est notre ami. Il est blessé, il s’est fracturé la jambe et nous essayons de la lui réparer.
Elle montre les outils médicaux qui traînent toujours près du malade. La femme ne baisse pas sa carabine pour autant et l’Amazone perçoit très bien le tremblement du canon. L’homme dépose alors son arme et, ignorant le geste de sa compagne pour l’en empêcher, traverse le ruisseau pour se précipiter dans leur direction. Il les dépasse tous deux et s’agenouille près de Guibole.
– Hé! Mais qu’est-ce que…, commence l’Amazone en voulant le retenir.
Une main se pose sur son épaule et elle se retrouve face à face avec la femme, qui a rangé son fusil dans son dos.
– Laissez-le jeter un œil à votre ami. Il est médecin.
À suivre…